La nécessaire solitude du voyageur

Par Vanessa Hebding, stagiaire PSIJ pour l’Aide internationale à l’enfance

 

Des mille et une définitions du voyage, la plus convenue est peut-être celle de la rencontre de l’Autre : troquer nos habitudes et notre confort pour découvrir d’autres façons de vivre. Il y a aussi son contre-pied, le voyage-vacances qui fait prendre le large avec un groupe d’amis en quête de soleil et de cocktails, souvent boudé des maîtres ès globetrotteurs. Si je crois que les titres de vacancier et de voyageur peuvent être revêtis par une même personne dans des espaces-temps distincts, il me semble que le voyage-découverte commande la solitude de celui qui l’entreprend. Solitude, ce vilain mot qui évoque pour la majorité la souffrance, le manque, serait à mon avis une prédisposition à l’ouverture et à une véritable exploration.

La nouveauté est partout en voyage. Elle clignote dans les lunettes du bourlingueur de son lever jusqu’à son coucher. Présente dans les odeurs, les couleurs, la parlure, la musique, les gestes, les saveurs, elle poursuit le nomade jusque dans ses rêves. Être seul pour percevoir tous ces signes, c’est se permettre de comprendre, ne serait-ce qu’une infime partie d’une société qui nous a assez attirées pour qu’on vienne la voir de plus près. Dans un monde où les voix fusent et rivalisent pour gagner au grand concours de décibels, le voyageur solo use davantage de son écoute que de sa parole. Et quel plaisir que de se taire et d’écouter le monde! Combien de détails ont échappé aux voyageurs qui ne quittent pas d’une semelle leur meilleur ami ou leur conjointe, trop occupés à être ensemble, à dire, à faire, pour capter ce qui a cours ici dans un lieu si différent d’où ils vivent? Il y a trop à voir pour toujours dire.

Être seul figure probablement dans le palmarès national des hantises. C’est que la solitude impose des temps d’arrêt et des décisions à prendre à la tonne que les hyperactifs et les anxieux maudissent avec le même tressaillement nerveux. Pourtant, c’est lorsque l’on s’éloigne des groupes que les rencontres avec les gens du pays sont facilitées. Voyager seul permet de prendre un café avec un inconnu dans un endroit où l’on n’offre pas de menu en anglais pour-les-touristes, de discuter littérature après une lecture publique, d’écouter le serveur du café du coin raconter une mésaventure ou une réussite. Être seul, c’est aussi réaliser que l’attente interminable d’un rendez-vous peut, hors de son quotidien métro-boulot-dodo réglé au quart de tour, se révéler un moment de douce contemplation de la faune urbaine.

Qu’il ait auparavant arpenté les rues de dizaines de pays ou qu’il en soit à un premier périple à l’étranger, le voyageur solitaire sera désarçonné, se perdra ou dans la ville ou dans les méandres de la langue locale. Dans un quotidien nord-américain si droit et organisé où le sac à dos savamment négligé orné d’une courtepointe d’écussons des contrées les plus en vogue a valeur de trophée aux yeux de plusieurs, le vrai trophée ne serait pas de se laisser imprégner par tous ces instants neufs prêts à être cueillis?

 

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