Il était une fois… de retour au Québec (ou retrouver ma vie dite normale)

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Parce que toute bonne chose a une fin, me voilà en route pour la maison! La fébrilité et les émotions sont palpables lors de l’interminable voyage de retour, mais sont vécues différemment pour chacune des trois compagnes québécoises que nous sommes. Personnellement, j’ai juste hâte de revoir mes proches. Ma semaine de vacances hors de Tarija m’a aidée à faire la coupure: réaliser, comprendre et accepter (au moins en partie) que cette expérience est terminée. Je sais que je vais m’ennuyer et que j’aurai des moments de nostalgie, mais pour le moment, je suis écœurée d’attendre (j’aurais pu dire « tannée », mais le mot n’est pas assez fort), j’ai envie d’arriver, de gambader et faire des câlins à ceux que j’aime.

À l’aéroport, toujours le même dilemme; vers qui se diriger en premier?! Énigme impossible à résoudre. De toute façon, dans l’action personne ne sait exactement ce qui se passe et dans quel ordre ça se passent. Peu importe, l’amour fait son effet et les retrouvailles me comblent de bonheur. Direction poutine!

Les jours suivants: Redécouvrir la vie comme une enfant et avoir hâte de revoir tout le monde. Par contre, pas de rassemblement en l’honneur de mon retour, pour l’instant s’il vous plaît. J’ai envie de contacts, de partager mon expérience, mais pas d’être sous un « spot light » et me faire bombarder de questions. J’aime mieux y aller progressivement et pouvoir échanger avec chaque personne, parce que je suis persuadée qu’ils ont plein de choses à me raconter eux aussi.

Parmi tous les commentaires, les questionnements et les opinions que je reçois au fil des discussions, la question qui semble la plus simple m’apparaît chaque fois comme la plus compliquée et la plus redoutable… La question qui tue: « Pis, ton voyage?! » Bon, je comprends que les questions ouvertes sont généralement bénéfiques à alimenter les discussions, mais là-dessus, j’ai besoin d’aide. Tu veux que je te parle de quoi au juste? Mon travail, la culture, mon appartement, la nourriture, mes amis, les enfants, le climat, la langue, mes émotions, la texture de mon caca…? Je comprends la question, elle est tout à fait légitime et j’aurais probablement le réflexe de la poser aussi. Pourtant, j’ai beau réfléchir, je n’ai toujours pas trouvé de réponse appropriée. Pis toi, ta vie, depuis 6 mois?! À part si tu as vécu une catastrophe naturelle, un changement de carrière, une grossesse ou un changement de sexe, je suis pas mal certaine que toi aussi tu chercherais quoi répondre ou dirais une banalité du genre; « Ça va, la routine… » Tellement de choses à dire, mais tellement rien à la fois. J’ai vécu ma petite vie, mais tant de choses étaient différentes. Bien sûr, je pourrais préparer un monologue de 4 heures pour couvrir l’ensemble de la question, mais honnêtement, qui veut l’entendre? Juste d’y pensée, je suis déjà tannée de m’écouter. Les gens veulent des nouvelles, ont de l’intérêt réel (souvent, je crois), mais ne veulent pas se faire ensevelir de « Moi, moi, moi en Bolivie… » et je les comprends très bien. Je me contente donc, encore aujourd’hui, de répondre une banalité du genre « C’était bien… » ou « Une très belle expérience… » en prenant soin de mettre l’emphase sur les trois petits points de suspension, afin d’inviter la prochaine question et de chercher le moindre indice permettant de diriger la discussion.

Aussi, je souhaite transmettre les informations les plus justes et complètes à ceux qui ont envie d’en apprendre davantage. Par contre, j’ai l’impression de me faire piéger par certaines questions de culture générale bolivienne dont je ne connais pas la réponse. Note à moi-même: Calme-toi fille, ça fait 25 ans que tu vis au Québec, et il y a tellement de choses que tu ne connais pas sur cette province, ne pense pas pouvoir prétendre connaître la Bolivie maintenant. 6 mois c’est long, mais c’est relatif.

Outre les relations humaines, le sentiment d’être déstabilisé chez soi est assez étrange. Quand on décide de partir en voyage, on a souvent envie de changement, de découverte… On sait donc qu’on sera surpris par des habitudes de vies différentes. En plus, avant de partir 6 mois nous avons été formés et sensibilisés à ces changements, au possible choc culturel, etc. Avant de revenir, une réflexion se fait en lien avec ce qu’il nous sera spécial de retrouver: le froid, la neige, les poubelles qui passent aux 2 semaines, un rythme de vie accéléré, etc. Mais ce qui reste le plus surprenant est évidemment les choses auxquelles tu oublies de penser. Les choses qui semblent tellement banales que tu ne prends plus pour acquis…

-Mon plus gros choc, que je raconte sans cesse, s’est déroulé lors d’un simple brossage de dents… Me rincer la bouche et ne pas comprendre que l’eau ne se soit pas refroidie… Au deuxième rinçage, réaliser que non seulement l’eau ne s’est pas refroidie, mais qu’elle semble s’être réchauffée… Troisième fois, au bord de la brûlure, enfin comprendre qu’ici si on ouvre le robinet de gauche, l’eau peut se réchauffer et devenir chaude de façon autonome, sans même qu’on ait besoin de la faire bouillir! 6 mois à utiliser des robinets ou il y a seulement de l’eau froide, ça peut faire oublier des choses aussi simples que ça!

-M’impatienter et sacrer contre l’eau qui refuse de bouillir sur le rond du poêle et mes œufs qui refusent de cuire adéquatement… pour prendre conscience, après de nombreux essais, que je ne cuisine plus au gaz et que je dois me calmer les nerfs.

-Utiliser ma carte de crédit pour mes achats, par revendication contre l’argent canadien! Avec la carte, je me rends moins compte que tout coûte extrêmement cher et qu’il y a du niaisage d’utilisation de 5 cents, 10 cents et 25 cents.

-Faire l’épicerie avec mon copain qui me demande si on achète du pain, le dévisager en répondant « eeeeh, ok si tu veux… ». Analyser ma réaction en défaisant l’épicerie et comprendre que j’ai trouvé ça étrange, car ça fait plus de 6 mois que je n’ai pas acheté de pain tranché et que j’ai oublié l’intérêt d’acheter autant de pain d’un coup. Quand je voulais manger un sandwich, j’allais m’acheter un petit pain   au coin de la rue.

-Être surprise de ne pas avoir envie de conduire. Où sont les minibus à chaque coin de rue?!

-Me retrouver dans une foule et être irritée par le fait que tout le monde soit aussi grand.

Au fil du temps, ma normalité s’est redéfinie. Je le savais… mais seulement en partie.

La nostalgie, vient parfois faire son tour le temps d’une chanson, d’un regard vers une photo, d’un fou rire en lien avec un « inside joke » que personne ici ne connaît, de lire le message d’un ami…parfois je suis triste quand je pense que cette vie n’est que du passé. Parfois je m’en veux de m’être attachée à des relations éphémères. Parfois je suis fâchée quand j’essaie de lire en espagnol et que je constate que j’en ai déjà perdu. Parfois j’ai peur de reprendre ma vie exactement ou je l’avais laissée et d’oublier toutes les réflexions et prises de conscience que j’ai faites lors de ce voyage. Parfois je culpabilise de vivre ces émotions négatives alors que j’ai une vie heureuse ici. Heureusement, ça ne dure jamais bien longtemps et ma réflexion se redirige toujours vers la même direction positive : je suis heureuse et fière d’avoir vécu cette expérience. J’ai des souvenirs et de nouveaux acquis pour la vie. Je l’ai fait, pour vrai, jusqu’au bout.

Sophyanie Labrosse, stagiaire PSIJ


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