À travers mes lunettes…

barrio_CamilleMartinJ’ai cru goûter à la culture bolivienne quand je suis venue en tant que touriste en 2015. J’ai parcouru des centaines de kilomètres en autobus le temps de quelques jours afin de visiter les quelques endroits les plus convoités du pays. Je suis tombée sous le charme des paysages hallucinants et de l’ambiance « décontractée » qu’on retrouve en Amérique du sud. Cette ambiance qui nous fait ralentir, voire même qui nous fait nous arrêter l’espace d’un instant, pour faire le tour de soi-même et réaliser ce qui nous entoure.

Cette sensation, parfois engourdissante, angoissante dans les premiers temps, devient rapidement enivrante et enveloppante au fils des semaines.

Quand je me suis lancée dans l’aventure de ce stage, je n’avais pas la moindre idée de ce qui m’attendait ici, à Sucre, mais surtout, dans les barrios en périphérie de la ville.

garcon_bracelet_CamilleMartinCertes, j’avais envie de sauter à l’eau, d’être submergée par quelque chose de plus grand que moi, et une énorme vague m’a frappée de plein fouet. Le genre de vague qui te fait perdre pied et face à laquelle nul ne peut résister. Elle était déstabilisante cette vague. Et pourtant, j’attendais la prochaine avec excitation. Au moment où la vague m’a frappée, j’ai perdu mes lunettes, les lunettes avec lesquelles j’ai grandi et à travers desquelles j’ai vu mon monde se construire. C’est avec elles que j’ai cru comprendre ce qui m’entoure : ma culture, mes valeurs, mes croyances, mon univers. Et je les ai laissées dériver…

Au début, ma vision était un peu floue. Je voyais des choses que je ne comprenais pas tout à fait encore. J’ai foncé dans quelques murs et poteaux – lesquels sont plantés en plein milieu des trottoirs. Et, au fil des défilés, des manifestations, des danses traditionnelles que j’ai vus, des enfants, des parents, des aînés que j’ai rencontrés, des conversations que j’ai eues et des histoires qu’on m’a racontées, je me suis fabriquée, peu à peu, de nouvelles lunettes. C’est à travers celles-ci que j’ai pu voir la beauté de la culture bolivienne. C’est en me laissant submerger que j’ai vu l’immensité et la richesse de cette culture, malgré les différences facilement repérables. Ces différences, que j’aurais pu décider de critiquer à toutes les sauces si j’avais gardé mes lunettes d’Occidentale privilégiée. Parce qu’avec le privilège vient le risque de penser que ce qu’on possède a une valeur et que nos façons de faire sont meilleures, parce qu’elles sont différentes. En mettant mes nouvelles lunettes sur mon nez, j’ai perçu plus de similitudes que de différences et j’ai compris que ce qui prime est d’être et non d’avoir.

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J’ai tenté de comprendre ce qui m’entourait en m’abreuvant du point de vue des gens de la communauté, et c’est avec une générosité débordante qu’on a accueilli ma soif de découverte. Je pense que les Bolivien.ne.s sont généreux.ses, sous plusieurs angles. C’est un peuple qui partage sans compter et pour lequel l’entraide et le sens de la communauté sont centraux, tout comme au Wiñay (mot Quechua qui signifie Crecer en espagnol et Grandir en français), l’organisme au sein duquel j’ai la chance d’œuvrer.

fillette_bracelet_CamilleMartin

Le sens de la communauté, ou plutôt le sens de la famille est ce qui y prime. On y promeut l’éducation, la lecture, le jeu, la danse et la musique, mais aussi la valorisation de la culture indigène Quechua et des traditions importées de la campagne par les familles qui se sont rapprochées de la ville. On y cherche l’équilibre entre les savoirs ancestraux et la culture contemporaine – ce qui est, à mon avis, le reflet d’un mouvement inclusif dans l’ensemble du pays en ce moment. Les mercredis soirs, entourée d’une vingtaine de mères de culture Quechua – plus communément appelées Cholitas –  je participe à des moments de partage, durant lesquels les lunettes de chacune font le tour de la pièce. Je leur propose aussi de regarder à travers les miennes et je tente de leur offrir des outils pour favoriser une prise de pouvoir plus grande sur leur vie. Ce que j’aime du Wiñay, c’est qu’on nous encourage à repenser les choses qui nous paraissent évidentes. On y apprend qu’il n’y a pas de vérité absolue, qu’il y a simplement plusieurs lunettes…  As-tu envie d’essayer les miennes?

 

Camille Martin, stagiaire PSIJ au Wiñay, Bolivie 2018

 

Photos
1 – Dans le cadre des jeux qui étaient organisés pour les enfants du Wiñay suite aux conversations faites avec les mères et les adolescents, un des jeux fut de construire en petits groupes des Wath’ias, des fours traditionnels faits en pierre. Plusieurs enfants par groupe savaient d’ailleurs comment faire et ont pu faire profiter de leurs savoirs aux autres membres de l’équipe.

2 – Joel apprend à faire un bracelet (manilla) pour la première fois.

3 – On fait de la slackline avec les enfants du Wiñay.

4 – Lors de la troisième galerie culturelle, organisée par le Wiñay et le groupe QSF, des enfants apprennent à faire des bracelets.


Une réflexion sur “À travers mes lunettes…

  1. Très belle analogie entre les lunettes et la vision du monde, d’un nouveau Monde à travers lesquelles nos valeurs occidentales s’élargissent, s’adaptent et respectent. Johanne Lavigne, SADL, Québec Canada.

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