Madagascar, Île d’espoir aux mille sourires

20190712_134811Par une belle journée ensoleillée d’hiver, c’est depuis la campagne de la grande capitale de Madagascar, Antananarivo, que je prends un moment pour vous partager une partie importante de mon quotidien depuis déjà deux mois.  Des choses à dire sur ce fascinant pays, il y en a des tonnes. Lorsqu’on pense à Madagascar, on pense évidemment à sa grande biodiversité (lémurs, vanille, plantes endémiques, etc.) et à la richesse de ses traditions et ses coutumes. Outre ça, ce qui m’a tout de suite séduite est l’attitude et la personnalité des Malgaches*. C’est pour cette raison que j’ai décidé de mettre en lumière l’histoire d’enseignants et d’élèves du centre pour lequel j’enseigne. Car y a-t-il une meilleure façon de connaitre un pays que par les gens qui y habitent ? L’exercice m’a aussi permis de satisfaire une partie de ma curiosité à savoir ce qui se cache derrière ces sourires si sincères et remplis de chaleur.20190708_160125

C’est donc à travers les paroles de ces inspirantes personnes que vous aurez un aperçu de Madagascar. Les paroles ont été transcrites presqu’intégralement pour garder l’authenticité des propos. Vous verrez que malgré l’état précaire dans lequel ils vivent, les Malagasy sont un peuple près de ses racines, généreux, chaleureux et rempli d’espoir sur lequel on devrait s’inspirer !

20190712_152712Petite mise en contexte : Le centre ASAMA est un ONG offrant l’éducation gratuite à des enfants de 11 à 20 ans non-scolarisés ou déscolarisés. Le centre permet à ces jeunes de poursuivre ou de recevoir une éducation que les enfants devraient recevoir, peu importe leur position géographique sur la planète et leur statut économique. Certains ont débuté leur scolarité à 15 ans. Au début de l’année scolaire, certains n’avaient jamais tenu un crayon dans leur main !

* Les Malgaches préfèrent qu’on les appelle Malagasy, car ils n’apprécient pas la sonorité de malgache qui débute avec le mot mal.
Commençons par ces 4 charmants élèves !

 

 

Ravaonirana Olga
Siginification : souhait, fille
Ralaimiza Jean Tsiory
Signification : Ne sait pas
Quel âge as-tu ? 15 ans 13 ans
Décris-moi ta famille! J’habite seulement avec mon père. Ma mère est décédée il y a 8 ans. J’ai trois frères et 6 sœurs.

Quand je ne suis pas à l’école, j’aide mon père qui est marchand. Je vais chercher l’eau au puits le matin et je transporte des briques sur ma tête. Je fais ça depuis que j’ai 6 ans.

J’habite avec mes deux parents et mon petit frère de 9 ans. Mon père est maçon et ma mère est aide-ménagère. J’aide ma mère à la maison car c’est moi l’ainé.
Pourquoi aimes-tu venir à ASAMA ? Pour les fournitures scolaires gratuites et la cantine (riz offert aux enfants le midi) J’ai choisi de venir ici, car il y a la cantine, les fournitures scolaires et je peux apprendre le français.
Que veux-tu faire plus
tard ?
Médecin pour soigner les enfants malades. Soldat pour avoir de l’argent
Quel est ton plus grand rêve ? Avoir de l’argent pour voyager et donner de l’argent aux pauvres.

Je ne veux pas me marier et avoir d’enfants car la vie est trop difficile ici.

Être riche et avoir ma propre maison. Je veux aussi avoir des enfants.
Qu’aimes-tu ? J’aime cuisiner. J’aime cuisiner les pommes de terre et les carottes. Jouer au foot. Vive le Barea! (équipe nationale de foot)
Qu’est-ce qui te fait peur ? La pauvreté et l’insuffisance alimentaire. La pauvreté. Ne pas pouvoir manger pendant plusieurs jours consécutifs.
Que dirais-tu aux autres enfants dans le monde pour les convaincre de venir à Madagascar ? Il y a plein de choses à faire. La vie est calme et le coût de la vie n’est pas cher. L’environnement est bon. On est bien ici. C’est le pays de mes ancêtres. L’air est pur.

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Karto arimanana sarika Sylvie
Signification : charme, beauté
Randrianarisoa Nomenyonohory Luc
Signification : beau, vient de Dieu
Quel âge as-tu ? 12 ans 11 ans. Je suis le plus jeune ici.
Décris-moi ta famille J’habite avec mes deux parents et 1 de mes grands frères. L’ainé est marié et aide mon père dans son travail de maçon. Je suis l’avant-dernier de la famille. J’ai une sœur et 6 frères. Ma sœur et mon frère ainé sont mariés. Les autres habitent avec moi et mes deux parents dans ma maison. Nous avons deux chambres pour toute la famille.  Mon père est « passe-brique », il entre et sort les briques du camion. Ma mère ne travaille pas. J’aide ma mère avec les tâches ménagères.
Pourquoi aimes-tu venir à ASAMA ? Ici, il y a la cantine et des fournitures scolaires. ASAMA me permet de continuer à étudier. J’allais à l’école avant mais j’ai dû arrêter car on n’avait plus les sous. Parce qu’il y a du riz, des crayons et des cahiers et je peux continuer à étudier.
Que veux-tu faire plus
tard ?
Médecin. Je veux aider les gens. Gendarme pour capturer les voleurs.
Est-ce que c’est important pour toi l’école ? Oui, parce que les études c’est la richesse la plus importante pour moi. Oui, beaucoup, pour apprendre.
Quel est ton plus grand rêve? J’aimerais avoir de nouveaux vêtements et avoir des enfants. Être riche pour avoir une maison, une famille et peut-être une voiture.
Qu’aimes-tu ? J’aime étudier et jouer avec la bicyclette de mon ami. Étudier et jouer au ballon.
Qu’est-ce qui te fait peur ? J’ai peur de ne pas passer mon examen final et de ne pas poursuivre mes études. Comme Sylvie, j’ai peur de ne pas réussir l’examen final.
Que dirais-tu aux autres enfants dans le monde pour les convaincre de venir à Madagascar ? Il y a de beaux paysages. C’est le pays de nos ancêtres. Notre vie quotidienne est belle et l’environnement est calme.

 

Et maintenant, au tour des enseignants !
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Questions Nom : RANAIVOSON Andrimalala
Âge : 41 ans
Andriamanantena Mamy Herman
Âge : 44 ans
Parlez-moi un peu de vous… Je suis enseignant depuis 10 ans mais cela fait seulement 2 ans que j’enseigne ici à ASAMA. Avant, j’enseignais les mathématiques, la physique et l’éducation civique dans une école pour adolescents. Le responsable de l’école a relocalisé l’école dans un autre quartier. Il était impossible pour moi de faire ce trajet à tous les jours. J’ai été chanceux de trouver un emploi ici. J’ai fait mes études en informatique, mais, hélas, les emplois sont rares dans ce domaine ici.

Sinon, je suis marié et j’ai deux garçons de 8 et 4 ans. Ma femme travaille dans une gargotte (petit restaurant dans les rues). Elle cuisine et vend la nourriture.

Je suis marié depuis 10 ans. J’habite avec ma femme et mes 4 enfants (10- 7- 4 et 1 an et demi).   Ma femme est marchande de fruits. Je suis enseignant au centre ASAMA depuis son ouverture, donc depuis près de 15 ans.
À quoi ressemble votre quotidien Mon quotidien ? Ma vie c’est enseigner et être avec ma famille. Je me lève tôt pour aider ma femme à préparer les aliments pour son travail. Elle, elle se lève vers 3h30 et moi 5h. Sinon, le soir, je suis avec mes deux garçons et on se couche tôt pour avoir de l’énergie pour la journée suivante. Chaque matin, je me lève tôt pour aller dans la capitale en taxi brousse chercher des fruits pour que ma femme puisse les vendre ici à Ambohitrimanjaka. Je vais ensuite enseigner. Après les cours, je vais rejoindre ma femme au marché pour m’occuper du bébé qui a passé la journée avec elle dans la rue à vendre les fruits. Nous retournons à la maison vers 19h30 et nous nous couchons pour recommencer le lendemain. Le week-end, j’enseigne à d’anciens étudiants du centre.
Pourquoi aimez-vous enseigner à ASAMA ? J’ai un peu de pitié pour ces enfants. Je crois que c’est une vocation. L’atmosphère n’est pas comme dans une école régulière. Certains enfants sont très motivés et voient ce centre comme une opportunité d’avoir une vie meilleure. D’autres voient le centre comme un endroit de divertissement où il n’y a pas de conséquences. Le Centre ASAMA permet de donner à ces enfants ce qu’ils n’auraient pas eu. Je crois qu’au départ, je suis venu enseigner ici, car je voulais aider les enfants de la rue. Je voulais leur donner de l’amour et leur partager mes connaissances.

En ce moment, je me demande parfois pourquoi je continue car le salaire n’est pas suffisant pour faire vivre ma famille. Je crois que je continue par amour pour ces enfants. De plus, j’apporte de l’aide aux autres enseignants. Je ne peux pas vraiment les laisser tomber.

Je crois que le centre ici donne la chance à des enfants de recevoir de l’éducation qu’ils n’auraient jamais eue. C’est ce qui me motive.

Quelle est votre passion ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Ah ! C’est enseigner, car c’est ce que je fais la majorité du temps. Sinon, c’est jouer avec mes enfants à la pétanque et regarder le foot. Je le regarde, car je suis rendu trop vieux pour jouer… 😉 Passer du temps avec ma famille et mes amis et jouer de la guitare. Je dois l’emprunter pour jouer, car je n’ai pas les sous. Je chante aussi en jouant mais je ne suis pas très bon (rires)!
Qu’est-ce qui vous rend fier d’être Malgache ? Nos us et coutumes ! J’aime notre façon de vivre.

C’est calme ici, il n’y a pas de guerre, ni de conflits. On trouve toujours des solutions ! Oui, nous sommes très pauvres, mais pour que le pays sorte de la pauvreté il faut rester positifs. Nous avons beaucoup de richesses ici. Si Dieu le veut et avec l’aide du nouveau président, nous pourrons nous en sortir.

Mes ancêtres viennent d’ici. J’aime notre art de vivre. Je ne connais pas ailleurs, mais j’aime vivre ici malgré les problèmes qu’on rencontre.
Qu’est-ce qui représente Madagascar selon vous ? Le nouveau président de la République ! Il est jeune et j’espère que c’est le plus sage (rires)! L’équipe de foot s’est qualifiée pour la coupe d’Afrique et est en quart de finale! C’est du jamais vu ! Vive le nouveau président!

La botanique et les animaux. On retrouve la plupart des plantes médicinales ici et certains animaux sont présents seulement qu’à Madagascar.

En malgache, il y a une expression qui ne se traduit pas vraiment en français, mais je pourrais dire que ça représente la solidarité. Ici, on offre notre aide aux gens et ils nous redonnent cette aide plus tard. On ne se laisse pas tomber, on s’entraide.

La politesse entre les gens, surtout à la campagne. Les gens sont souriants et se saluent.

Quel est votre rêve le plus fou ? Je rêve d’avoir une meilleure vie. J’aimerais avoir une maison et pouvoir faire vivre ma famille convenablement. La survie de ma famille dépend de moi.

J’ai toujours rêvé et je rêve encore d’avoir une fille! Malheureusement, mon épouse ne peut avoir d’autres enfants en raison de sa condition de santé… C’est la vie qui a choisi, c’est comme ça. Ça demeurera un rêve.

J’aimerais vivre mieux. Je ne veux pas être riche, mais j’aimerais avoir une vie moyenne. J’aimerais que mes enfants ne manquent de rien. J’aimerais avoir ma propre maison, car pour l’instant, je dois payer un loyer à tous les mois.

Qu’est-ce qui vous fait
peur ?
La maladie.  J’ai peur d’être malade et de ne pas pouvoir faire vivre ma famille. J’ai peur que ma famille soit malade avec la peste, la rougeole, etc. La maladie et la mort. Il m’arrive souvent de ressentir des malaises, mais je dois continuer de venir enseigner, car sans moi ma famille ne peut survivre. Je ne suis pas allé voir de médecin depuis 1997… J’espère que ma santé me permettra de continuer à m’occuper de ma famille et des enfants du Centre le plus longtemps possible.


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Geneviève Pelletier, stagiaire PSIJ 2019 en tant qu’agente en enseignement du français – langue seconde, ASA, Magadascar.

 

 

Ces stages sont possibles grâce au financement d’Affaires mondiales Canada. Pour consulter les offres de stage de L’AMIE, cliquez ici.


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