Une nouvelle orientation de la vie pour les filles encadrées par le projet Byuka bakobwa!*

par Innocent Musafiri, chargé de suivi-évaluation du projet

L’une des filles encadrées interviewée par un journaliste à propos de sa rencontre avec le projet Byuka bakobwa! déclare qu’elle a vécu une vie où elle n’avait personne à qui se confier, et que cela fut extrêmement triste.

« […] La famille, les amis, et la communauté même vous abandonnent et vous demeurez sans protection aucune», dit-elle. Elle faisait ainsi allusion à la vie qu’elle menait avant d’être encadrée par le projet. Elle ajoute : « Je sentais que j’étais seule. Je suis arrivée au point même où j’allais me suicider, mais après avoir été admise au programme de Byuka bakobwa!, je me suis dit qu’il fallait être patiente et accepter de passer courageusement les moments difficiles dans lesquelles je me trouvais, car, j’entrevois dès à présent quelque chose de bien dans l’avenir. Et d’ailleurs, je sens que je suis déjà dans une nouvelle vie aisée. »

En effet, dans le but de sensibiliser la communauté sur les questions relatives aux violences basées sur le genre perpétrées contre des adolescentes, la direction du Centre Marembo, en compagnie de deux étudiantes du projet, a été accueillie dans les studios de la Radio Imanzi. Durant l’émission, les filles (une de la classe de transport par moto et l’autre représentant la classe de carrelage) ont occupé la majorité du temps d’antenne. Ces filles, bien que jeunes et peu familières avec les médias, se sont montrées très avancées dans la compréhension du genre et du métier qu’elles vont embrasser. Leurs propos ont enchanté les journalistes et l’auditoire.

Ce fut comme un test de niveau effectué publiquement. Cela a bien prouvé combien le programme de mentorat a été fructueux. En effet, le projet Byuka bakobwa! a permis de mener des séances de coaching et de formation en matière de valeur de la vie et autres sujets, tels que la communication efficace, le bon traitement de clients, le marketing, etc. Avec ces cours, les filles ont acquis de la confiance en elles, l’aptitude à bien penser et vite, le courage de résoudre des problèmes et d’éviter de tomber dans le désespoir.

Durant l’interview, les filles ont émerveillé des journalistes par des réponses habiles et concises et qui plus sont, courtoises. À entendre leurs réponses, on pourrait dire qu’à une personne bien formée, sa valeur n’attend pas le nombre d’années d’existence. Ainsi, répondant à une question sur les risques présumés relativement au métier de femme motocycliste ou de carreleuse, une fille a répondu :

« Tout comme je ne peux pas m’immiscer dans la vie personnelle de mon client homme, de même, je ne peux pas lui permettre de poser des gestes non consentis ». De plus, selon l’entendement collectif, explique le journaliste, les techniciens de la construction ont de mauvais comportements à l’égard des filles, comment vas-tu travailler avec eux? Et à elle de répondre : « il est vrai que beaucoup de gens ont tenté de me décourager en avançant cette idée. Je leur ai toujours répondu que lorsque quelqu’un sait ce qu’il cherche dans la vie, il ne peut jamais s’arrêter ni reculer, et j’ajoute en leur disant « attendez-moi, dans quelques mois, je vais vous montrer qui je suis réellement, ma force de résistance et d’autonomie, bref mon changement positif ».

Au micro de Radio Imanzi, les deux représentantes des classes témoignent des violences basées sur le genre vécues et des premiers impacts positifs de Byuka bakobwa! dans leur vie.

Interviewée sur combien d’heures elle va travailler comme motarde professionnelle, étant donné que les motards travaillent jusque tard dans la nuit, elle explique :

« Je vais me lever chaque jour à 5h30 du matin et terminer ma journée à 20h […] pour que je trouve le temps de m’occuper de mon enfant ». À la question de savoir leur réaction si des clients leur font des avances, une des réponses a été : « la première étape est de montrer à mon client que je l’écoute avec bienveillance, mais, s’il cherche à m’entraîner en dehors du cadre des affaires, je vais le ramener dans le droit chemin ». 

Il apparaît donc qu’elles ont déjà acquis un niveau élevé d’estime personnelle, de confiance en elles-mêmes, de rigueur, de raisonnement, ainsi que de pensée critique. Byuka bakobwa! a certes tracé une voie sûre pour elles, dit l’une des filles, une voie qui va les conduire sans doute à la sortie définitive de la pauvreté. Elles sont donc déjà mûres et décidées à faire un trait sur leur passé. En effet, ces jeunes mères, vulnérables et financièrement défavorisées, ont été confrontées à des problèmes inouïs alors qu’elles commençaient tout juste à voir le monde. Après avoir passé du temps dans le programme Byuka bakobwa!, elles se déclarent prêtes à voir loin et positives.

« Je me sens devenue artisane, je me vois déjà riche. Je ne suis plus dupe, j’ai confiance en moi et je suis dans la voie de réussir la vie », raconte l’une des filles. Elles ont bien compris les défis qui les attendent et se déclarent prêtes à les affronter dans tous les cas, sans enfreindre les règles du métier.

C’est très enchantant de voir une jeune fille de 18 ans parler avec audace à la radio et répondre aux questions des médias d’une manière plus efficace que bien des adultes. Il s’est avéré qu’en plus de faire de grands progrès dans la perception de la connaissance de soi et de l’autonomie, elles ont également un esprit de groupe et d’activisme. En fait, une des deux filles affirme :

« Une fois que j’aurai appris l’art de fabriquer et construire des pavés, je me propose d’aider d’autres qui auront connu de problèmes identiques aux miens avant que je ne sois pas sélectionnée par Byuka bakobwa!» .

Les apprenties carreleuses pratiquent la pose de pavés.

La suite des blogues du projet vous présentera d’autres volets de la solution novatrice mise à l’essai, notamment ceux visant la sensibilisation des hommes et des femmes des milieux où travailleront les filles, le regroupement des filles en coopératives professionnelles, ainsi que le programme de mentorat impliquant des femmes exerçant des métiers similaires en milieu traditionnellement masculin.

Une pause bien méritée par des filles du cours de transport par moto après l’examen pour l’obtention du permis de conduire provisoire.

*En kinyarwanda. Signifie « les filles, debout et réveillez-vous! ». Le projet Byuka bakobwa! est la mise à l’essai d’une solution novatrice conçue par le Centre Marembo et L’AMIE, et financée par le Fonds pour l’innovation et la transformation. Elle vise à renforcer la confiance en soi des jeunes survivantes de VBG, ainsi que leur autonomie financière, notamment grâce à une formation en transport par moto ou en carrelage, puis au démarrage de coopératives.


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