Une aventure qui se termine

Châteaubriand a affirmé un jour : « Un voyageur est une espèce d’historien; son devoir est de raconter fidèlement ce qu’il a vu ou ce qu’il a entendu dire; il ne doit rien inventer, mais aussi il ne doit rien omettre ».

Si seulement c’était si simple, aussi facile d’expliquer l’inexplicable, de faire comprendre l’incompréhensible. Du moins, c’est l’impression que j’éprouve lors d’un retour d’une expérience comme celle-ci. J’ai l’impression qu’un mur d’incompréhension est érigé entre celle qui a quitté et ceux qui sont restés. Ce mur, je le ressens même entre la moi « d’avant » et cette moi « d’après », parce que ce « pendant » a paru si long tellement riche en expériences il a été, et à la fois si bref, tellement plus long j’aurais aimé qu’il le soit.

J’ai l’impression que ces dix semaines ont été tellement significatives pour moi, mais routinières pour mes proches restés au Québec. Ces mêmes proches que je suis contente de retrouver, qui sont aux petits oignons avec moi; le voyage se poursuit encore un peu après le retour il faut croire, les responsabilités seront pour plus tard !

Le bonheur de retrouver mes proches m’habite, mais aussi celui de retrouver mon confort, ma nourriture, mon lit, ma douche chaude… Et puis, sans avertir, les larmes me montent aux yeux. Je me rends compte que c’était bien plus exotique me laver dans un sceau et que du riz et des patates, j’en mangerais encore finalement ! Vous connaissez ce syndrome ? Dans toute ma créativité, je l’ai nommé le syndrome de « l’idéalisation de l’ailleurs ». Le nom parle de lui-même. Cette fameuse manie des voyageurs d’idéaliser là où nous ne sommes pas. En voyage, on idéalise la maison et, de retour à la maison, on idéalise le pays visité. Il faut donc apprendre à se rationaliser et se rappeler les défis de chaque place, mais aussi être reconnaissant de ce que notre environnement peut nous offrir dans le « ici et maintenant ».

Une notion pourtant tellement importante en Afrique ! De vous à moi, je vais vous faire une confidence : peu après mon retour, je ne me rappelais plus la date que nous étions. Je me suis mise à pleurer, me demandant pourquoi ici le temps était-il si important alors que je viens de passer dix semaines à l’oublier, à être déconnectée de la montre, reconnectée à l’humain.

Non, je ne suis pas folle. Non, je ne suis pas immature, même si je pleure parce que je ne me rappelle plus quel jour nous sommes. Oui, je suis simplement en choc de retour, ce phénomène normal et répandu où l’on peut se sentir étranger dans son propre pays, inconnu au milieu de ses propres repères, parfois même inconnu à soi-même, en réflexion et reconstruction de qui nous sommes et surtout de qui nous voulons être. Un séjour comme je viens de vivre nous ouvre les yeux et l’esprit, nous montre que nos acquis sont bien souvent des constructions sociales propres à notre culture et qu’il y a d’autres façons de faire.

Si j’ai de la difficulté à retourner dans mon ancienne vie, c’est que j’en ai vécu une nouvelle que plusieurs n’ont pas eu la chance de connaitre. Cette nouvelle vie c’était un concentré d’expériences, d’apprentissages, de solidarité et de relations humaines. Ces relations qui t’émiettent le cœur lorsqu’il vient le temps de les quitter. Ces adieux que personne ne devrait avoir à faire, ce genre de séparation qui te fait presque regretter d’avoir rencontré des personnes aussi formidables, sachant qu’un avion te forcera à rentrer au bercail sans elles.

Et puis, cette phrase d’un ami rencontré lors d’un voyage précédent refait surface : « Ne sois pas triste parce que quelque chose vient de se finir, sois heureuse de l’avoir vécue ». Je repense alors à tous ces rires, sourires, conversations, accolades et amitiés échangés, à tous ces merveilleux moments où le cœur rempli de reconnaissance, j’aurais eu envie d’hurler un « merci la vie ». Le souvenir que je garderai de cette expérience ne sera donc pas l’amertume et la tristesse qu’elle se termine, mais bien le bonheur et la reconnaissance immense de l’avoir vécue.

Tous ces moments parfois confrontant, souvent enrichissant, ont fait partie de ma vie réelle pendant mes dix semaines passées au Rwanda. Ils sont dorénavant des souvenirs que je garderai précieusement toute ma vie durant. Quelle expérience que de s’ouvrir à une autre culture et s’y laisser bercer…Ou secouer ! Le voyage n’est pas terminé pour autant, il se continue maintenant en moi…

Frédérique

« Voyager, c’est partir à la découverte de l’autre. Et le premier inconnu à découvrir, c’est vous ». -Oliver Föllmi


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