Madagascar, pays arc-en-ciel

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Ayant atterri tard dans la nuit toute noire de Madagascar, les couleurs m’ont frappée sans gêne le lendemain matin, quand je suis sortie de ma chambre d’auberge encore plongée dans la pénombre. La vivacité et l’éclat de mon nouvel environnement m’aveuglaient sous l’intensité du soleil qui brillait, offrant une chaleur généreuse qui m’était peu familière. Balade dans les minces sentiers des rizières bordant l’auberge, découverte de la capitale, premiers contacts avec un mode de vie inconnu qui serait le mien pour les mois à venir. Ce tout premier matin m’a servi une bonne claque en guise de déjeuner : je vivrais et j’apprendrais à me faire une place au pays des couleurs. Couleurs infinies, couleurs uniques, couleurs volubiles, couleurs amovibles. Les couleurs que je voyais avaient beaucoup à me raconter. Chacune d’elle semblait porter une histoire, chuchoter un passé, chanter un avenir. Les plus pâles, défraîchies par le temps, étaient lourdes de vécu. Les plus intenses parlaient de renouveau et d’espoir, un verre de fraîcheur à la main.  Il y avait le bleu d’un ciel à perte de vue, le vert d’une flore diversifiée, le rouge brunâtre d’un sol coupable du surnom du pays, l’île rouge.

Sous mes yeux ne sachant plus où donner de la tête s’entremêlaient les couleurs des maisons, roses, bleues, vertes, jaunes, des paniers de légumes et de fruits à l’infini à vendre sur le bord de la route, des vêtements qui sèchent, étendus sur l’herbe, après le lavage à la rivière. Celles des épis de maïs se dorant le grain au soleil, accrochés en rang d’oignons aux balcons des maisons, celles des taxis-brousse aux toits chargés de bagages farfelus. Celles des animaux, des oies blanches se dandinant en groupe, des zébus noirs, bruns, docilement chargés d’une charrette ou complètement téméraires, en pleine crise d’adolescence sur la rue principale, celles des poules pondeuses et des coqs criards, des chiens et des chats errants, des oiseaux rouges, bleu vif.

Puis, il y eut les couleurs des nombreux cyclo-pousses allants et venants à travers la ville, la ville d’Antsirabe, ma ville, ma nouvelle ville, ma ville à apprivoiser. Aucune monotonie, aucune ressemblance. Coup de foudre pour la route reliant la capitale jusqu’à mon chez-moi, route sinueuse et sportive qui tient en haleine, qui laisse la bouche sèche, ouverte face à des paysages inattendus, dévoilés sur un plateau d’argent à la dernière seconde de chaque courbe. Silence, on tourne. Coup de volant, coup de théâtre. Et coup de cœur.

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Coups de cœur au pluriel. Un pour ma famille d’accueil, avec qui les discussions sur tous les sujets du monde duraient jusqu’à tard le soir, jusqu’à ce que les chaudrons deviennent bien froids, jusqu’à ce que les bâillements commencent, jusqu’à ce qu’on pense au lendemain matin qui viendrait bien vite. Un pour mon milieu de stage, où les membres du personnel ont été accueillants, gentils et altruistes, où il y avait du respect, de l’entraide et une dynamique à la fois amicale et disciplinée. Et finalement un pour les élèves, mes élèves, les cœurs du cœur, le cœur de mon projet là-bas, avec qui j’ai eu la chance de passer mes journées, moins nombreuses que prévu, mais pas moins enrichissantes. Le français nous a fait rire, sourire, sourciller. Le français nous a rapprochés, nous a fait nous comprendre, a fait lever les mains, plisser les yeux. M’a fait réfléchir, m’a fait faire le clown en avant, me renouveler, développer mes méthodes d’enseignement, diversifier mes approches pédagogiques. Mon quotidien était une aventure, une aventure avec un grand « A ». Le grand « A » de l’arrivée, de l’adaptation, de l’accueil. Le grand « A » de nouvelles amitiés, d’une culture que j’ai apprivoisée, et que j’aimais un peu plus chaque jour.

Les circonstances actuelles étant ce qu’elles sont, c’est aujourd’hui rentrée chez moi que j’ajoute un autre grand « A », celui d’un à bientôt, d’un à la prochaine, d’un simple au revoir. Je compte bien retourner dans ce pays arc-en-ciel pour ajouter les couleurs qui manquent à ma palette malgache.

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Gabrielle Gaudreau, stagiaire PSIJ 2020 en enseignement du français et en soutien scolaire à Madagascar. 

 

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